Projet réalisé par Naïs Atlan, Florian Mourey, Célestine Adam et Timothée Huang

Le vieillissement de la population française fait de la santé mentale des personnes âgées un enjeu social et sanitaire de plus en plus visible. Avec l’avancée en âge, les situations de fragilité se multiplient : perte d’autonomie, maladies chroniques, isolement relationnel, veuvage, précarité ou éloignement des services. Ces facteurs n’impliquent pas mécaniquement une dégradation uniforme de la santé mentale de tous les seniors mais ils contribuent à faire de ce groupe d’âge un public particulièrement exposé aux troubles psychiques.

Dans le même temps, les personnes âgées ne forment pas un ensemble homogène. Les besoins, l’accès aux soins et les trajectoires de recours varient selon le sexe, le territoire de résidence, l’environnement social et les ressources disponibles, notamment numériques. Certaines catégories cumulent ainsi plusieurs formes de vulnérabilité.

Cette étude poursuit donc un double objectif. Il s’agit d’abord de dresser un état des lieux de la santé mentale des seniors en France, afin de comprendre pourquoi ce public est particulièrement vulnérable et quelles sont ses spécificités. Il s’agit ensuite de montrer que, au sein même du groupe des personnes âgées, les inégalités sont fortes : tous les seniors ne sont pas exposés de la même manière aux risques psychiques, ni placés dans les mêmes conditions pour accéder aux soins.


1. État des lieux de la santé mentale des personnes âgées en France

Une demande de soins géronto-psychiatriques en augmentation

En 1991, 14% de la population française avait plus de 65 ans. En 2025, ce chiffre atteignait près de 22%. Ces dernières années, la population senior progresse fortement et avec elle, les hospitalisations psychiatriques des personnes âgées. Par exemple, l’augmentation des hospitalisations pour gestes auto-infligés entre 2012 et 2024 a globalement suivi l’augmentation de cette population.

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Ainsi, même si le risque individuel d’être confronté à des problématiques graves de santé mentale ne semble pas exploser, la hausse du nombre de seniors entraîne mécaniquement une hausse du nombre de situations de crise à prendre en charge. On en déduit que les besoins en soins psycho-gériatriques augmentent en volume, ce qui renforce l’enjeu d’une offre de soins adaptée au vieillissement démographique.

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Le vieillissement de la population accroît la pression sur le système de soins géronto-psychiques. La question n’est pas seulement celle de la gravité des troubles mais aussi celle du nombre croissant de personnes concernées.

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Un risque dépressif qui augmente avec l’âge

Un tiers des sujets âgés de plus de 65 ans souffrent de dépression, contre 15 à 20 % de la population générale [1]. Ce chiffre se traduit également par une augmentation de la consommation d’antidépresseurs avec le vieillissement lorsque le patient est pris en charge et bénéficie de soins psychiatriques. Ainsi, près de 12,5% des personnes de 80 ans suivent un traitement antidépressif contre moins de 5% des personnes de 40 ans.

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De plus, les personnes âgées de plus de 65 ans sont les plus exposées au risque de décès par suicide, en particulier lorsqu’elles souffrent de dépression. Elles représentent 30 % du total des suicide, le suicide étant la cause du décès de 1 sujet âgé sur 10 [1].

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1 personne sur 3 âgée de plus de 65 ans souffre de dépression, faisant de cette tranche d’âge l’une des plus vulnérables face aux problématiques de santé mentale.

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Des fragilités liées au vieillissement…

Le vieillissement s’accompagne souvent de transformations importantes de l’état de santé et des conditions de vie. Avec l’avancée en âge, les limitations physiques, sensorielles ou cognitives deviennent plus fréquentes. Ces difficultés peuvent concerner la mobilité, la mémoire, la vision ou encore l’audition et rendent certaines tâches de la vie quotidienne plus difficiles à accomplir.